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  • 3 questions à un festival de fans

  • Et une question subsidiaire.



  • Ce week-end se tient à Lyon la première édition de Yaoi Yuri Con organisé par Event Yaoi. Ouai. Zoom sur, comme ils disent à la télé.







    Le site officiel

    Ce week-end, la chère lue par ses chers non-lecteurs pleure de ne pas être lyonnaise car elle donnerait cher pour voir ça. Ou pas, parce qu’avoir ses entrées, ça a ses avantages, j’aurais pas eu à payer. AH. AH. ‘Nywayz.
    Se tient donc à Lyon, les 29 et 30 octobre 2011, soit dit en passant : là maintenant, tout de suite, la première convention française dédiée au Yaoi et au Yuri, ou comme ils disent si bien « aborder différemment l’homosexualité grâce au support Manga (Boy’s Love et Yuri) ». L’une des instigatrices, les vraiment non-lecteurs la connaissent, Tarva intervenait déjà ici sur Drarry il y a quelques temps.
    Puisque moi, Ana GBMF, n’attend qu’une chose ou presque, c’est que l’organisation d’événements culturels dédiés aux fan cultures se prenne enfin bel électrochoc en pleine poire, j’ai décidé de leur filer une part de ma tribune sous forme de 3 questions cons. Et d’une question subsidiaire.
    AAN – Oui oui, on y est, certes, mais parfois il faut en passer par une introduction bateau. Peut-être qu’un petit retour sur la genèse du festival s’impose-t-elle ? Pouvez-vous revenir sur le thème du Yaoi et du Boy’s love et sur votre envie de vous investir pour une meilleure visibilité en France?
    Tarva – L’association s’est créée en 2009 à Lyon entre deux fangirls qui ont trouvé que le yaoi c’est trop génial, et que c’était tellement génial que ça méritait bien sa propre convention. Hélas, n’habitant pas Lyon en 2009, je ne suis pas une des fondatrices de l’association Event Yaoi. Par contre, l’idée de créer un évènement dédié spécifiquement aux formes populaires de l’homo-érotisme asiatique me trottait dans la tête depuis un moment. Je suis yaoiste depuis… 2003 je pense et j’ai rencontré Event Yaoi à la Japan Expo (la Mecque otaku) en 2010.
    Je suis obligée d’anticiper sur ta question suivante parce que comme tu peux le constater, notre association avait pour but, dès sa création, de faire de l’évènementiel (Event) autour du Yaoi.
    Pour rappel, le Yaoi (ou Boys Love) est, pour faire court, un genre de manga féminin traitant de relations homosexuelles entre hommes. En France, on en parle en tant que phénomène depuis 2009, en effet, plusieurs éditeurs de mangas se sont lancés dans l’aventure en multipliant l’offre et nous avons la chance d’avoir régulièrement des sorties. Côté animation, ça reste encore relativement pauvre mais la variété des œuvres au Japon est elle-même limitée…
    Au début, à la première Assemblée Générale en décembre 2010, nous étions encore dans le concept d’un évènement à gros budget, qui porterait le nom de l’asso. Mais le financement n’étant jamais parvenu tandis que la salle avait des exigences au niveau du temps, on a du revoir notre projet. On a eu une deuxième AG, en avril si mes souvenirs sont bons, qui a statué sur ça et a décidé de renforcer l’équipe du Bureau afin de pouvoir lancer le projet même si on était revenu un peu au point zéro. C’est aussi à l’issue de cet AG qu’on s’est rendu compte que parmi les membres de l’association, beaucoup avaient de l’affection pour le Yuri. Alors le Yuri, c’est un nom général qui désigne à la fois les mangas destinés aux homosexuelles, ceux qui sont destinés à un public masculin hétérosexuel et puis un type de manga féminin pour un public de jeunes filles, créé au nom du sacro-saint « moe » (« mignon » mais pas forcément au sens sexuel).
    C’est resté à l’esprit pendant quelques mois jusqu’à juillet 2011, à la réunion bilan de la Japan Expo, où on s’est dit que si notre convention souhaitait mettre en avant et le Yaoi, et le Yuri, elle devait en porter le nom.  Ce serait donc la Yaoi Yuri Con. Tout simplement.
    Je crois que notre convention ne s’est pas vraiment fondée dans le but d’apporter une meilleure visibilité de ces types d’œuvres en France. C’est un but presque annexe si j’ose dire. Avant tout, c’est l’occasion de se voir entre fans, d’avoir notre propre fête, nous les yaoistes/yuristes.
    Je pense qu’il y a une spécificité au Yaoi, qui fait qu’on ait cette impression que c’est important d’en faire une convention dédiée. Parce qu’il révèle quelque-part le désir féminin, il y a un côté quasiment militant au fait de l’aimer. On est « fière » d’être yaoiste ou au contraire on le « cache ». On ne se pose pas trop la question quand on lit un manga comme Naruto ou Quartier Lointain (pour donner deux genres complètement éloignés).
    Pour ceux qui connaissent un peu le manga, ils pourraient me rétorquer « ouais mais y a le mature shoujo », ce qui est un peu l’équivalent de la littérature rose. Le fait que dans le Yaoi, les relations soient homosexuelles, permet d’une part à la lectrice d’échapper à une représentation de la femme (ce qui fait un bien fou) et d’autre part, transcende la relation amoureuse, renforce l’impression d’interdit et donc d’amour absolu. Les yaoistes sont souvent considérées comme des perverses, ce qui n’est pas faux mais ça oublie aussi une autre grande vérité.
    Vu que je suis partie pour donner une looooooongue réponse, je voudrais préciser avant de conclure que lorsque je parle de romantisme, il faut bien entendre qu’il y a un peu autant de yaoistes, qu’il y a de manga yaoi. Pour ma part je préfère les histoires d’amour absolu débouchant sur la destruction des êtres. Beaucoup d’autres préfèrent la comédie légère où le seul véritable drame pour les personnages est de s’avouer amoureux.

    AAN –  L’idée vous trotte dans la tête depuis combien de temps ? Vers quels fonds financiers vous êtes-vous tournés et pour quels résultats positifs ?
    A-t-il été difficile d’obtenir les films que vous souhaitiez sans réelle visibilité (première édition) ? Des invités ?
    Tarva – Comme je disais plus haut, c’est un projet qui a mis pas mal de temps à se concrétiser. Nous n’avons absolument aucune aide institutionnelle et aucune aide privée. Notre fond principal vient d’un prêt personnel auquel nous ajoutons la propre caisse de l’asso qui cumule vente de menus produits (portes-clés, T-shirts…) et les adhésions. Nous avions tout de même tenté d’obtenir une aide des collectivités mais nous avions raté le coche pour le budget 2011. En même temps, on ne se faisait pas trop d’illusions, un projet indépendant sur un thème aussi particulier, soutenu par une structure qui n’a pas encore de rayonnement local, c’est pas vraiment ce qui intéresse les financeurs à priori !
    L’impact sur la programmation s’est senti à plusieurs niveaux. Avec un budget aussi serré, une fois la salle payée (et oui, pas de salles municipales disponibles à nos dates!) on ne pouvait pas se permettre d’extravagance. Au final, j’estime qu’on s’en sort vraiment pas mal, nous avons notamment des invités intéressants qui viennent tous du monde du fanzine ou de la fanfiction, donc qui sont enthousiastes à l’idée de participer ^^.
    Pour les projections, j’ai la chance d’être déjà programmatrice de films pour une autre association donc j’avais quelques contacts avec plusieurs éditeurs vidéos ce qui fait qu’on a pas eu de soucis de ce côté-là à part pour le film live. En effet, il faut savoir que notre association, en plus de promouvoir simplement le yaoi et le yuri, veut aussi ouvrir sur la question de l’homosexualité. Le cinéma asiatique recèle de nombreuses pépites qui traitent d’homosexualité avec un aspect assez proche de certains mangas. J’ai contacté plusieurs éditeurs vidéos de films gays et lesbiens ayant des films asiatiques dans leur catalogues et j’ai été assez effarée par les prix de location alors que beaucoup de ces films méritent de circuler, d’être diffusés dans des évènements comme le nôtre, bref d’être connus (et donc achetés!), des pareils tarifs les réservent aux curieux ou à quelques avertis. Dommage. Heureusement, j’ai découvert Outplay, qui ont compris notre démarche et avec qui nous proposons le magnifique Grains de sable de Ryosuke Hashiguchi, un réalisateur nippon multiprimé. Merci à Outplay !
    Le gros point négatif du budget riquiqui, en terme de programmation, ça a surtout été de ne pas pouvoir investir dans une grosse exposition par exemple, ou mettre en place des bornes de jeux vidéos (et oui le yaoi, c’est pas que du manga, c’est aussi des jeux PC et Playstation !)…
    Pour les partenariats, on a aussi réussi à se faire remarquer par les Etats-Unis et le Japon, ce qui est très positif et prometteur !
    Honnêtement on est content de ce qu’on va proposer à nos visiteurs mais évidemment on a hâte de montrer plus encore pour de prochaines éditions ! ^^

    AAN - Vous attendez combien de visiteurs ? 
    Quels publics souhaitez-vous toucher ? Pensez-vous (espérez-vous) réussir à toucher un public plus large que la communauté de connaisseurs ?
    Quelles réactions attendez-vous ?

    Tarva - Étant donné qu’on souffre d’un énoooooorme retard en communication, et qu’encore une fois, nous sommes basés en province… J’espère qu’on tournera autour des 500 visiteurs. Après, je ne sais pas du tout ce qu’il en sera.Cette première édition est avant tout destinée aux fans, aux vrais! haha. Ne nous leurrons pas ^^.
    Par contre, on va continuer progressivement à ouvrir, au public masculin hétérosexuel d’une part, en nourrissant un peu plus le contenu yuri ; au public homosexuel ensuite, parce que dans sa richesse, le Boy’s Love a ce que j’appelle le « yaoi de société » qui est une forme de yaoi qui dépasse à mon sens un cadre de lecture strictement féminin (pas de grosses fleurs en background, pas de cliché, pas d’érotisme graphique) ; et puis le public de ces femmes qui ne connaissent pas encore le yaoi. C’est assez marrant de voir ces femmes 30-40 ans, qui ne sont même pas particulièrement intéressées par la culture manga mais qui ne peuvent s’empêcher de feuilleter un artbook de Youka Nitta ou d’avoir les yeux qui pétillent quand on leur explique ce que c’est que le manga yaoi. Il y a définitivement une niche.
    Pour le public homosexuel, j’ai pas parlé des filles à qui bien entendu, comme je l’expliquais plus haut, certains Yuri vont plaire. ^^
    Pour blablater brièvement sur la relation entre orientation sexuelle et mangas parlant d’homosexualité, il existe un manga gay, on appelle ça le bara (hommes souvent virils, alors que dans le yaoi, on a affaire à des sveltes imberbes). En France on a un nom fort connu c’est Gengoroh Tagame qui porte le genre. Notre convention sera aussi l’occasion de voir un auteur français qui a lancé le premier fanzine bara « DOKKUN! » qui marche très bien.
    Enfin, la bisexualité n’est pas rare du tout parmi les lectrices. Pour les réactions, de la part des fans, on les a déjà. C’est soit « ouah, trop cool une convention sur le yaoi! », soit très critique parce qu’on est un peu attendu au tournant. J’ai été très surprise et assez déçue, je l’admets, parce que le public français est assez sectaire. Et les ponts entre yaoi et yuri, entre yaoi et culture LGBT, qui pour moi me paraissent évident, sont pour certains fans à ne jamais franchir. Mais bon, qu’ils me contactent et je vais leur apprendre la vie. Euh, je veux dire que je pourrais leur parler longuement de comment les mangas Boy’s Love ont changé avec les revendications LGBT, de comment le cinéma asiatique gay a été notamment adapté en manga Boy’s Love et de manière générale des comparaisons esthétiques à faire, etc etc…

    AAN - Un espace libre pour donner une idée de la programmation ?
    Tarva - Déjà, notre convention se passe sur une péniche. Donc voilà si vous devez convaincre quelqu’un, dites « je veux passer le week-end de la Toussaint sur une péniche à Lyon », vous verrez ^^
    Sur ce, je te copie bêtement notre communiqué de presse, désolée :p « Toutes les formes du Boy’s Love seront au rendez-vous lors de séances de dédicaces et de rencontres avec nos invités ! Du roman, avec deux des plumes les plus remarquées, Jijisub et Claude Neix ; au manga avec Nine qui nous présentera en exclusivité ‘Black Velvet’, Melina Moreno, auteure du doujinshi de la série Nerdz (Ankama) ainsi que M.A Sambre célèbre dessinatrice de ‘Dark Prince’ publié par Yaoi Press. Le voisin musclé du Yaoi, le barazoku sera aussi présent, côté fanzine, avec DOKKUN.
    Les visiteurs pourront assister à des projections sur grand écran. Lors des « Matins Roses » (interdit aux -16ans) une présentation de la prolifique production des jeux vidéo Yaoi au Japon ; ainsi que des projections des classiques ‘No Money’ (Kazé) ou encore ‘Haru Wo Daiteita’ (Black Box). Accessible à tous, ‘Kyo Kara Maoh !’ (Dybex) est une série inédite à la télé avec humour, magie et beaux garçons !
    Les amateurs de Yuri ne seront pas délaissés la projection de ‘Saki’ (Crunchyroll), une pétillante romance dans un club de mahjong.
    La Convention s’ouvre aussi au film live avec ‘Grains De Sable’ (Outplay), une histoire touchante autour des émois adolescents notamment servie par une excellente performance de la toute jeune Ayumi Hamasaki.
    La convention fera la part belle au fanzinat (Candy Pop, INK Studio…) source du phénomène Yaoi en France. Des professionnels seront aussi sur place, maisons d’édition (éditions Muffins) et commerçants (Hinata Kissa).
    Avec le soutien d’autres associations telles que Sohei (Paris), Epitanime (Paris) et Aoi Sora Cosplay (Marseille) des activités seront organisées lors de l’évènement (jeux, karaoké et cosplay).
    Les activités seront récompensées par plus de 200 mangas fournis par des éditeurs français, ainsi que par des mangas originaux signés par de grandes artistes japonaises notamment Hinako Takanaga et Kazuma Kodaka, grâce au partenariat avec Blue Air Rights et Gush Comics !
    En marge, la Convention sera aussi l’occasion de découvrir des groupes lyonnais de Jmusic : Zack Hero, StarrySky. »
    See you IRL, sur la péniche Event Yaoi !
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