Journée marathon-Partie 4-Jure-moi que tu filmes tout, Pedro, putain!
Posted on 09. mai, 2008 by Ana GBMF in Cinema Tchi-tcha, Critiques de cinéma
[Rec]
Séance de 13h50 à l’UGC-Lille

Synopsis :
Angela, journaliste, et son cameraman Pedro travaillent pour l’émission « Pendant que vous dormez ». Aujourd’hui, ils sont dans une caserne de pompiers où rien ne se passe, au grand désespoir d’Angela. Arrive alors le coup de fil d’une vieille femme désespérée qui appelle au secours. Sur place, tous les habitants de l’immeuble attend l’équipe dans le hall d’entrée. Ils ont entendu des cris stridents, inquiétants. Ravis du cours que prend leur reportage, prêts à tout filmer, les deux journalistes vont vite déchanter…
[Rec] comme ce bouton rouge sur le coin de votre caméra qui vous indique que vous êtes bien en train de filmer. Le mouvement fantastique espagnol nous prouve encore une fois qu’il est bien réveillé. L’intelligence du film d’abord, c’est de ne durer qu’1h20, tout ce que l’on peut supporter devant une œuvre filmée caméra à l’épaule. Car on reste dans l’oeil de la caméra pendant tout ce temps, au fil des gestes de Pedro dont on ne verra jamais vraiment le visage. Nous suivons les journalistes en train de s’ennuyer, de jubiler, de mourir de trouille… Et puis nous sommes mis en quarantaine avec le voisinage et l’équipe d’intervention. Pendant quatre-vingt minutes, nous serons les otages impuissants d’un huit-clos profondément efficace, qui m’a rappelé, non par le style mais par mes sensations, le sentiment de mal-être que j’avais ressenti en sortant de Bug de William Friedkin.
Rien n’est laissé au hasard, la psychologie des personnages atteint la perfection : la jeune maman qui lance des insultes racistes lorsqu’elle panique pour sa fille, le vieux monsieur bougon, la journaliste carriériste… Tout est fait pour que l’on puisse y croire : nous croisons ces personnages tous les jours dans la rue. Enfin vous voyez ce que je veux dire. La brutalité des gestes surpasse le gore de la mise en scène, le sous-entendu est tout aussi efficace que les rares scènes vraiment violentes. La langue espagnole et l’absence de gros budget nous perdent un peu plus, nous devenons vite des proies faciles. Rien de plus efficace. L’action intervient tout en douceur, nous passons d’un quotidien standard (les rues de Barcelone peuvent aisément rappeler celles de Paris) à un environnement profondément glauque, mais qui ne vire dans l’absurde à aucun moment. Non non, tout reste réaliste, et même l’explication pourrait être plausible.
Encore une fois, j’ai pour habitude de conseiller de se laisser aller dans le film, pour savoir s’il est bon. Certes, plusieurs scènes laissent une drôle d’impression : comme lorsqu’Angela réussit directement à ouvrir une porte avec un trousseau portant une centaine de clés, l’énième intervention post-mortem d’un vieux scientifique, certains reprochent aussi l’effet trop télévisuel du film…Mais bon-sang, les gens, c’est un film d’une heure vingt, il faut bien réussir à conclure^^.
Sans trop dévoiler l’histoire, j’ai bien mis quarante-cinq minutes à sortir du film, à plisser les yeux à cause du soleil, à prier les gens de ne pas me faire sursauter.
Une bonne réponse au misérabilisme de certains films fantastiques.
A espérer (sans trop d’illusions) que Quarantine tienne le même pari en octobre. [Quarantine sera le remake américain. Avec Jennifer Carpenter, la soeur de Dexter dans la série du même nom]
8,6/10
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