• [sortie] Festival Anima – partie 3. My Dog Tulip







  • Dernière partie de mon week-end dans la merveilleuse ville de Bruxelles. La seule capitale visitée jusque là où je ne me sente pas oppressée, d’ailleurs. J’AIME lui rendre visite.
    Bref. Le dimanche, je l’ai surtout consacré à la découverte de longs métrages. Même si, arrivée très en avance -je devais quitter ma chambre d’hôtel qui sent le pipi- je me suis pelotonnée dans un fauteuil de la vidéothèque, lovée près de mes amis lillois. A la limite de la somnolence, j’ai tout de même pu découvrir quelques petits films. Mais ici, mes chers non-lecteurs, je vous parlerai de mon véritable coup de cœur de la journée, une belle surprise à voir absolument si on aime les dessins un peu décalés : My Dog Tulip (lien vers le site officiel). Pour le reste tout en long (-s métrages) : une grosse déception sur laquelle je ne m’étendrai pas, Sunshine Barry & the Disco Worms. La version néerlandaise ne m’aura sûrement pas aidé, mais le graphisme un peu dégueu et la trame bofi-bof ne m’ont pas emmené avec eux. Cela dit, me sentant un peu coupable de n’avoir rien compris aux blagues (non sous-titrées donc) et d’être si fatiguée, je lui ai tout de même attribué un 6 sur 10 sur mon bulletin de vote. La valeur quasi-sûre et hors-compétition des Lascars m’aura redonné du baume au cœur animé. French people still got it!

    My Dog Tulip [Paul & Sandra Fierlinger ; USA ; 2009 ; 1h23]

    Rating: ★★★★☆

    « Unable to love each other, the English turn naturally to dogs. »
    J.R. Ackerley

    Une. Véritable. Poésie en images. Elle prend parfois d’étranges chemins, celle-là et prend le choix de s’illustrer ici par l’adaptation d’un livre de 1956, écrit avec amour et ô combien de talent par l’énigmatique J.R. Ackerley disparu onze ans plus tard ; par un dessin original et scabreux, un dessin unique par l’unique Paul Fierlinger, seul maître à bord avec sa femme Sandra. Il aura mis trois ans à mettre le dernier coup de crayon à son projet, elle, de peindre ses personnages et les paysages. C’est ce que nous a expliqué le producteur du film Norman Twain, présent à la projection.

    Dès les premières minutes, mon cerveau a effectué la symbiose de deux idées :  l’univers du film me faisait penser à une sorte de Bill Plympton assagit, tandis que le personnage principal, lui, m’évoquait un William S. Burroughs dans ses années matures. Ce dernier était un grand amoureux des chats à qui il a dédié son bijou The Cat Inside. En parcourant les impressions des internautes anglosaxons, je m’aperçois que je suis loin d’être la seule.

    Norman Twain nous a indiqué que ce petit chef-d’œuvre semblait toucher avant tout un public adulte et (ex-)maître de toutous. Pourtant, j’ai déjà envie d’émettre une objection. Si  j’ai bien eu un doggy dog dans mes jeunes années et que je suis bien une adulte (oh mon dieu, je fais enfin mon coming-out personnel) je suis plutôt de ceux qui parleraient d’une poésie « universalisable ».  Vous suivez? Le besoin de trouver un compagnon pour affronter la vie et la vieillesse, la dureté du regard des autres, la recherche d’un ami (à quatre pattes), la solitude, tout ça tout ça. Si les tous petits risquent de ne pas comprendre grand chose, les jeunes pré-pubères accompagnés y trouveront leur compte – une petite explication avant et après le film étant la bienvenue, à mon avis. Ce qui a été le cas grâce à la présence de Norman  (mon nouveau pote. A qui je n’ai jamais parlé) et la réaction des parents, plutôt pas trop bêtes, que j’ai pu croiser à la sortie du film.  Un bon film qui appelle à la discussion.

    Revenons en arrière. L’histoire, c’est celle d’un homme dans une cinquantaine bien entamée, (Christopher Plummer!) profondément seul, qui décide de recueillir une jeune femelle berger allemand de 18 mois. Il a depuis longtemps laissé tomber sa recherche de l’âme sœur humaine, même amicale. Parce qu’ici amour et amitié se confondent. Tam tam tam.
    Et là, cher non-lecteur, je m’adresse à ton intelligence. Rien de Disney là-dedans. Enfin dans le bidule, pas dans l’intelligence. Au rendez-vous, du popo canin et du gros plan sur la vulve d’une chienne. Et pourtant, tant de poésie et d’humour! Profondément anglosaxonne, cette prose qui, pour le coup, me rappelle véritablement un certain pan de la Beat Generation. En un sens. L’humour, lui, passe non seulement par le texte de J.R. Ackerley et la narration de Christopher Plummer, mais aussi par l’image. et ses animations dans l’animation. Tulip se magnifie en une jeune chienne habillée de sa plus belle robe dans l’imaginaire de son maître, etc.

    Jamais vulgaire, le phrasé est so british. Le vieil homme -on le voit vieillir- nous amuse par le sérieux qu’il accorde au bonheur sexuel de sa chienne, sa quête désespérée de lui trouver un mâle digne d’elle et son explication soigneuse des problèmes de glande anale de sa très chère Tulip. Malicieux, il use d’euphémismes tout en allant droit au but, sans détours ni concessions. Enfin si, par les euphémismes. Mais crotte, hein. On. voit. tout. Et on se laisse happer par la fragilité de son histoire. Qui finira de nous achever par un joli générique où défilent des photos d’archives de la véritable Tulip et de son ami Monsieur Ackerley. Queume c’est bô. Pour l’anecdote, Tulip était en réalité baptisée Queenie. Les éditeurs ont souhaité changer le nom pour éviter les blagues un peu faciles sur l’homosexualité de l’auteur. 1956 got you…

    Bref, un superbe film tout plein d’imagination [le temps de la répétition est arrivé : ] que ce soit dans son style d’animation, dans le texte et dans la musique, aussi, assez présente ou encore dans le jeu des acteurs, presque en retrait (à noter la participation d’Isabella Rossellini). Déroutant mais pas dégoûtant. Ou alors  si, vraiment dégoûtant parfois, mais dans une version bien assumée du mot et puis avec un goût tellement britannique. Ah oui, non, parce que j’ai oublié de préciser que si la production est américaine, le plot se déroule à Londres, J.R. Ackerley étant lui-même anglais, le film ayant conservé tout ça.

    « This film is DIRTY » nous aura prévenu Norman Twain. Mais qu’est-ce que j’ai aimé cette saleté.

    Sometimes, love really is a bitch.

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    Commentaires

    Hey, il y a Un Commentaire pour cet article :
    1. Modchok | 21 février 2010 | Permalien

      Je note à voir sur mon agenda

      >>Répondre

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