The Dark Knight…WHY SO SERIOUS?
Posted on 13. août, 2008 by Ana GBMF in Cinema Tchi-tcha, Critiques de cinéma
Okay. J’avais dit que je ne posterai plus avant la fin de mes mises à jour, mais comment se retenir quand il s’agit du film que vous attendiez le plus cette année? Une critique parmi des centaines d’autres, valant ce qu’elle vaut, mais une critique d’une fille complètement bluffée, soufflée, ébahie.
Ah, Christopher, juste merci…
ATTENTION : QUELQUES SPOILERS!
Résumé :
Gotham City est au bord d’un long virage. De bonne augure, en la personne du nouveau procureur Harvey Dent, comme l’espère Batman et Jim Gordon ; ou bien chaotique comme y travaille efficacement un génie psychotique qui se fait appeler le Joker? Les chances ne seront pas tout à fait de 50/50…

Pour commencer cette critique (élogieuse, je tiens à prévenir, en assumant totalement), arrêtons-nous sur l’aspect global du film et son atout majeur.
Comment redorer le blason d’une franchise salie par des films fluos, enlisée dans le monde quelque peu maltraité car probablement méconnu de l’adaptation de comics?
Nolan a compris. Tout compris. Batman Begins n’annonçait qu’une suite encore plus glorieuse. Car dans The Dark Knight, nous sommes confrontés au sérieux des situations et de l’histoire. Chacun est forcé d’oublier le grotesque d’un homme en costume aux oreilles pointues, d’un clown un peu irritant, d’une ville que l’on aurait pu croire caricaturale. Nolan fait du noir et du blanc une seule couleur. Et il y parvient. On voit The Dark Knight comme un drame avant d’y voir le reste.
Le réalisateur a donc co-soigné (oui, soigné) ce petit bijou en produisant un scénario béton où l’on peine à trouver des « on peut mieux faire » ; ce qui était encore possible dans le tout de même rassurant Batman Begins. Il est la première pierre d’un édifice magnifié par la performance de l’équipe, comme un seul et même chœur.
Parlons d’abord des décors à couper le souffle. Gotham City a souvent été imaginée sous les traits de New-York dans l’imaginaire collectif. Nolan a eu le génie d’y préférer la noirceur citadine de Chicago. Ses buildings et ses bas-fonds, comme autant de matérialisations d’un mal-être politique d’une ville prenant forme devant nos yeux, là, à l’écran. Quelle idée magnifique d’avoir préféré les décors réels à un tournage complet en studio…

Batman se fond complètement à la mythologie de la ville. Gotham/Chicago, Hong-Kong…Il donne vie à ses armatures de fer, de verre et de béton. La ville est un personnage, la ville vit et se meurt.
L’histoire va ainsi. On commence par une lutte du bien contre le mal (le nihilisme du Joker qui assassine ses sbires comme on éliminerait les puces de son chat/le rayonnement de Harvey Dent qu’on appelle le White Knight, presqu’ accueilli en messie par le duo Wayne/Gordon). Puis on passe à un environnement plus flou, moins contrasté, dont les couleurs se mélangent jusqu’à engendrer…l’aube d’une apocalypse. A grande échelle (évacuations des habitants de Gotham, quartiers mis à sac) mais surtout à taille humaine (déchéance inéluctable de Dent/Two-Face [honteusement traduit par Pile-et-Face dans les sous-titres] solitude du Dark Knight, utilisation de méthodes peu orthodoxes pour éradiquer le crime).
Un autre point qui me paraît fondamental, c’est l’esprit de huit-clos qui transperce le film. Quelle virtuosité que de réussir un tel exploit pour un blockbuster! Bien-sûr, les personnages évoluent d’un lieu à un autre, voyagent, même. Mais leur solitude et le cercle central Bruce//Batman/Harvey/Gordon/Rachel/Alfred/Lucius appuient ce sentiment d’étouffement et de malaise, qui manquait aux films précédents et pourtant si nécessaire à cette singulière histoire de super-héros. Tout dépend d’une poignée de personnages lâchés dans la jungle urbaine.
Mettons un point presque final à cette critique en saluant la performance des acteurs qui se donnent corps et âme au réalisateur.

Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne compare pas vraiment le Batman de 1989 avec celui de 2008. Bien-sûr, Heath Ledger dont le défi était le plus risqué. Pari gagné, le jeune acteur détrône aisément le grotesque Joker de Jack Nicholson. Critique à priori curieuse, car en découvrant les premières images, il y a un moment, sur le net, j’étais quelque-peu inquiète, je dois l’avouer. Heath Ledger, tout jeune acteur au visage rond était loin du Joker filiforme que j’imaginais (voir le magnifique Villain de Dave McKean). Quelle erreur! Bien-sûr, j’ai très vite changé d’avis, mais cette performance est au-dessus de toutes mes espérances. Le grotesque et la maladie mentale du Némésis de Batman sont retranscris, comment dire…parfaitement. Oui, parfaitement. Pourquoi autant de louanges? Et bien, en faisant du Joker un personnage malade et terriblement dangereux, le film nous fait CROIRE.
Exemple simplissime : le maquillage du Joker qui matérialise la volonté de ce dernier à faire de Gotham son terrain de jeu et de Batman, sa proie. Contrairement au Joker de Nicholson dont le maquillage était un « permanent » accident chimique.
Le grotesque sert au démon. Son costume, son rire, son attitude sont ceux d’un dandy déchu, le Joker est un acteur qui répète parfaitement les lignes de son texte. Mais ses tics, son âme torturée, son nihilisme nous scotchent au siège et nous terrifient… Sa mythomanie, aussi (l’histoire de ses cicatrices <3). Oh, j’ai ri à ses conneries. Mais riais-je vraiment? Il m’a fait sursauté…et j’ai adoré ça.
Soyons honnêtes, je pense que tout ce cirque autour de la mort de Heath Ledger masque son talent, profondément réel. Je ne suis pas la première à le dire, mais cette performance irradie le film, faisant entrer le Joker au panthéon des grands méchants de l’Histoire du cinéma et plus seulement à celui des grands méchants de comics.
Mais alors qu’est ce qui en fait le méchant le plus cool de tous les temps? Son nihilisme qui terrifie : prenant à contre-pied l’idée même du « big villain », le Joker est incorruptible car rien ne l’intéresse plus que de s’amuser du chaos qu’il provoque, pas même (voire surtout pas) l’argent.
Nicholson était le Joker furieux, trahi par la pègre à laquelle il avait jadis appartenu. Ledger est le Joker du chaos.

Parlons maintenant de Christian Bale…

Ahhh, Christian dont j’étais amoureuse, enfant, en regardant les 4 filles du Docteur March, ahem.
Lui aussi, son talent s’imprègne du personnage, quelque-peu masqué par tout le tintouin autour du tragique décès de Sir Ledger.
Durant les 4/5ème du film, Bruce EST le double-face de l’histoire, avant que Harvey ne soit rendu fou par la torture physique et mentale qui le ronge. Perdu, il devient le troisième membre d’un triangle amoureux dont tous ressortiront perdants. Batman Begins posait les bases de la construction héroïque du personnage. The Dark Knight met ENFIN les points sur les i : Batman est un être noir, torturé et inquiétant, bien avant d’être un (super-?) héros. Pour le reste, voir ci-dessus. Cela dit, ce Batman là est bien le Batman qui méritait d’être enfin révélé au grand public.

Quant à Harvey Dent, il symbolise le Gotham City au destin tragique, pour toujours liée au crime vicieux et viscéral. Forcer la chance lui servait contre le crime et l’aidera à l’étendre. Chapeau au visage de Two-Face, aussi.
Enfin, dernier applaudissement dans cette critique, l’importance laissée aux personnages secondaires Gordon, Rachel, Alfred et Lucius. Je diviserai ce groupe en deux. Gordon et Rachel, puis Alfred et Lucius.


Personnages centraux de l’histoire, les premiers étaient trop peu exploités auparavant. Rachel étant ternie par le jeu de Katie Holmes qui réussissait moins à s’imposer que la délicieuse Maggie Gyllenhaal. Cette dernière n’hésite pas mordre l’écran avec son propre style de jeu et nous fait totalement oublier ce changement de cast. Jouet du premier film, Rachel y tenait surtout le rôle classique de l’amie convoitée du super-héros, à l’instar de M.J. ou Loïs. Dans ce nouvel opus, son personnage et son destin-même seront une pièce maîtresse des évènements, probablement forcés par le Joker.
Pour Gordon, je rend grâce à la close du contrat de Gary Oldman qui l’a forcé à revenir sur le plateau. Qui pourrait mieux l’interpréter de ce sbire du transformisme? Aidé par le scénario qui donne une réelle chance à Jim Gordon de faire ses preuves, Gary Oldman interprète majestueusement un rôle pas si aisé, celui du dernier des flics incorruptibles, effacé par le charisme du héros de la nuit ; équipier bien plus crédible qu’un Robin en collant fluo, voilà déjà plus de 10 ans…
J’ai eu une grosse frayeur, lors de la mort mise en scène de Gordon. Me disant « mais, c’est impossible, il doit devenir commissaire! » je me suis laissée prendre au jeu : Gary Oldman aurait-il réussi à décider les producteurs de faire mourir son personnage pour être sûr de ne plus revenir sur les plateaux??? Non, le gars a beau avoir une certaine réputation, non!!! Bon, la frayeur, bien qu’infondée, a été efficace!^^


Alfred et Lucius…Ah…Alfred…Eternel ange gardien de Batman. Bien qu’ayant toujours été grande admiratrice de Michael Caine, je me souviens avoir été bouleversée par le changement de casting, à l’époque. Bah oui, Michael Gough, c’était toute mon enfance. Vieillissant (né en 1913) l’homme n’était plus celui de la situation, et Caine reprend le rôle avec un talent inespéré par quelqu’un de buté comme moi. Encore plus ici. Philosophe et posé, Alfred est la bouffée d’air sain de l’histoire. Quant à Lucius, on comprend un peu mieux la nécessité de sa présence au générique. La classe naturelle de Morgan Freeman (rétablissez-vous bien!) ajoutée à la confiance que Bruce Wayne place en ce personnage ajoutent à sa crédibilité croissante. Chose est faite. Bruce Wayne a besoin de son Q (le majordome Boothroyd dans James Bond pour les lents du bulbe). Il arrive même à nous faire croire aux yeux radars de chauve souris qui tuent sa race de Batman.
Ahhh, mais j’ai encore une petite surprise : le caméo de Cillian Murphy au tout début du film. Redoutable docteur psychotique, il revient en attachant malade, admirateur de Batman qui ne hum…sait pas très bien s’y prendre. Awesome d’avoir amené le jeune acteur montant à faire une apparition de quelques minutes.
Bref, je vais arrêter là mes éloges. Bravo à ceux qui m’ont lu jusqu’au bout.
Pour conclure, le succès inespéré du film n’est pas si surprenant que ça. Au-delà de ses prises attachées au réel (situation politique et économique des USA post-9/11 blablablabla), c’est dans sa prise de sérieux du monde des comics qu’il brille particulièrement. Dans ce traitement anti-grotesque de cet univers mal compris au cinéma, il me rappellerait presque plus le travail activiste de Sam Raimi. Ce qui pourra paraître scandaleux à certains. Il ouvre de nouvelles perspectives. Il pourra ravir les foules comme les cinéphages.
Il nous colle au siège du début à la fin. Il est beau : couleurs, cadrages, mise en scène… Espérons que ce blockbuster réussisse à convaincre les pseudo-intellos lecteurs des Cahiers du cinéma. Oui, messieurs, on peut voir grand et faire grand.
Petit point négatif : on regrettera tout de même l’absence d’un petit quelque-chose à la fin du générique. Une image, une vidéo, un dernier au-revoir. Mais ce même générique a tout de fois le mérite de ne pas mettre en avant la mort de Heath Ledger pour garder en premier plan, et le plus longtemps possible, son talent, son immense talent. D’abord les titres classiques : réalisateur/scénaristes/musique/acteurs…Puis le mémorial, sincère, à la mémoire de deux personnes disparues…
The Dark Knight est un chef-d’œuvre du genre. Ce film a compris.
Enfin. Je respire.


Certaines images ont été empruntées sur ce site : Batman : The Dark Knight Unofficial Blog
Merci pour eux d’aller faire un tour sur le site!!!

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déc 24th, 2008
[...] The Dark Knight, en étant revenu, cultive de nombreux défauts. On y retrouvera toujours à redire. Je participe peut-être de son érection au rang (j’ai dit au rang) de Dieu de la Pellicule, mais il mérite, selon me-myself-and-I, sa première place. Parce que le chantier était énorme et que Nolan réussi à s’en sortir à peu près très bien (je saiiis, il a tué Two-face, je sais…). Je ne reviendrai pas sur le décès de Heath Ledger en pleine post-production (woops, a’y’est, c’est fait!) qui n’a rien à voir avec la beauté même du film. Vous pouvez revenir sur ma critique faite un peu à vif, à la sortie du cinéma, je le reconnais. J’en concluais à l’époque : “le succès inespéré du film n’est pas si surprenant que ça. Au-delà de ses prises attachées au réel (situation politique et économique des USA post-9/11 blablablabla), c’est dans sa prise de sérieux du monde des comics qu’il brille particulièrement. Dans ce traitement anti-grotesque de cet univers mal compris au cinéma, il me rappellerait presque plus le travail activiste de Sam Raimi. Ce qui pourra paraître scandaleux à certains. Il ouvre de nouvelles perspectives. Il pourra ravir les foules comme les cinéphages. [...]