
[Top 5 - fangirl memories] Harry Potter & les reliques de preteen-Ana
Sans le GBMF, j'étais trop jeune pour un Gang Bang, bon sang.
Plutôt que de faire une critique qui n'apportera rien à personne sur un film que tout le monde verra un jour où l'autre, je me laisse aller à mon côté cancan-fanatique-nostalgique a.k.a. ma propension à faire des listes et à assurer que je suis capable de raconter ce que je veux sur mon site, di diou. À l'occasion de la der des ders avant la prochaine, la sortie en salle de Harry Potter & les reliques de la mort - Part 2, moi, je me remémore quelque-chose d'assez simple. Les débuts de mon coming-out de sale petite fan-girl ou si vous préférez, quand j'ai réalisé que de ce côté-là, j'étais cuite depuis longtemps et pis, qu'il y avait tout un tas de personnes comme moi à travers ce vaste monde. Que retiendrai-je alors de mes années Harry Potter ? Introspection dans la vie de Ana, pré-ado, jambes poilues, cheveux gras, physique ingrat, bouquin à la main. Si j'exagère un peu, c'est pour l'effet de style. Je m'épilais déjà.
À quoi cela pourrait-il bien servir que je vous apporte sur un plateau les pour et les CONTRE (woops) que j’ai relevé dans l’épilogue des aventures de Harrykiki ? D’uh ? Quel non-lecteur aurait bien envie de lire ça, une énième critique plus ou moins totalement inintéressante, fin juillet, après la tempête ? Je vais vous dire moi, si j’étais un non-lecteur, juste là, à votre place, je lapiderai Bibi sur l’autel de l’Original Content, si pareille idée lui venait.
Non, vraiment, parenthèse, c’est une question tortueuse que je me pose. L’intérêt de ce genre d’articles. Qu’à cela ne tienne, point suivant.
Si je n’ai aucune envie ni aucun intérêt à vous faire la béquée avec une critique toute bidon, pleine de pour et de CONTRE (re-woops) j’en retire tout de même une autre envie, de cette séance ciné.
Non, c’est vrai, à quoi j’associe Harry Potter, d’abord ? Certainement pas à un film éblouissant (YATES AU BÛCHER). Alors quoi ? Je devrais passer mes adieux aux oubliettes ? Que nenni. Et si je souhaite faire un dernier signe de la main au balafré, malgré mon « (YATES AU BÛCHER) », c’est bien qu’il doit y avoir une raison, hum ?
Mais oui, mais oui.
Je suis une grande nostalgique, c’est un fait. J’aime cultiver les souvenirs. J’aime les détails, j’aime les sagas, et j’aime… les fandoms. Oh, et j’aime faire des listes aussi (sale meuf).
Alors.
Alors, quoi ?
Une liste. DA. Des souvenirs. DA DA. Des histoires de fans. DA DA DA.
Harry Potter, pour moi, ô moi qui avoue volontiers que les derniers bouquins, je les ai trouvé sacrément cuculs et non pas cul, que David Yates ne sent pas bon de la réalisation, que Harry Potter est un sale petit geignard pire que Mimi, ça évoque quoi ?
Pourquoi, devant vous, ici-même, j’ose le dire : sans originalité, Harry Potter a compté dans ma vie de Fangirl ? Pourquoi(iii²) ?
[Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises !]
- 5. Parce qu’en l’an 2000, je vous jure que j’ai eu une cast-vision

On commence par le plus facile.
Comme 4 806 653 autres personnes en France, j’ai vu Gladiator et j’étais une latiniste de 12 ans, donc j’aimais bien ces trucs là, oui oui. J’ignorais encore qu’on étudiait la mythologie grec et latine en cinquième pour bien être amadoué et faire de la traduction traduction traduction les deux années suivantes. Rosa Rosa Rosam Rosae Rosae Rosa. Leur technique fonctionne, voyez, je n’ai même pas cherché à vérifier si j’avais encore tout bon, avec la première déclinaison au singulier. Je m’égare dans les souvenirs.
Ce jour-là, je ne me souviens pas de la date exacte, ne m’en tenez pas rigueur, oui, alors, je me suis dit, peut-être avais-je même une assistance, un auditoire, oui, alors, je me suis dit² « Oulala, si un jour ils font un film Harry Potter, Marc Aurèle ferait un Dumbledore parfait, c’est lui que j’imagine, maintenant, quand je lis les bouquins ! »
KABOOM. Je me souviens exactement de l’image utilisée, dans le tout premier article que j’ai consulté, sur le casting de Harry Potter, probablement sur la Gazette du Sorcier. Oui.
J’ai probablement laissé échapper un petit couinement digne d’une adolescente de mon âge, à ce moment-là. Je couine toujours, je ne vois pas pourquoi je ne l’aurais pas fait à cet instant. Richard Harris était Marc Aurèle. Richard Harris serait Albus Dumbledore. J’avais eu le nez aussi fin que Cléopâtre, sur ce coup. Et j’étais fière. Ôôô, Jupiter, comme j’étais fi-èreeee !
Que j’ai deviné dès le premier bouquin que Mademoiselle Rowling finirait par foutre des sentiments par ci par là, entre Harry & Ginny ou Ron & Hermione, c’était quand même pas hyper compliqué, elle avait pris ses beaux et gros sabots. Quand même. Les trucs du « - Ah non mais t’es trop trop bête et super cracra Ron Weasley; – Je ne t’aime pas du tout Hermione Granger » ou du « Oh comment il est trop impressionnant, ce Harry Potter, vite Manman, laisse-moi me cacher derrière tes jupons de seconde main »… Bon…
Mais avoir eu ce que je voulais pour un membre du casting, c’était quand même quelque-chose, je vous raconte pas.

Qu’est ce que ça signifie pour la fangirl que je suis aujourd’hui ? Tout simplement qu’un Pattenrond ne devient pas une Hedwige. Quoi quoi ? Je faisais déjà attention aux mêmes choses qu’aujourd’hui. Le soin accordé aux détails, c’était déjà mon dada.
Ce qui est vraiment drôle, c’est que IRL, je suis une bordélique née, une sacrée bonne poire qui n’en veut jamais à personne. Mais quand il s’agit de détails canons, je suis impitoyable, intransigeante et rancunière. Je sors les griffes, je montre les dents, je ne pardonne qu’au prix d’une intense douleur morale le moindre écart. Allez comprendre, vous.
Quand pour la première fois, toute toute première fois, les images du premier cast ont été diffusées, j’ai tonné, j’ai fait entendre ma rage, des notices absolues n’étaient pas respectées : « Oh. Mon. Dieu, Hermione et Harry sont bien coiffés ! Alors là, non, Harry qui a les yeux bleus ?? ». Et quand le troisième film est sorti, imaginez bien mon tiraillement entre l’éblouissement devant la réalisation de Cuarón, tellement plus intéressante que celle de Columbus, et sa haute trahison quant aux décors du film (hey oh, les contraintes de tournage, moi, je connaissais pas). Pourquoi une pente était-elle apparue là, d’un coup, pour se rendre chez Hagrid ? Et où étaient donc passées les robes des jeunes sorciers ? Ah non, mais c’est quoi cette idée progressiste, là ? Bref, je suis une vraie peste. Je vous dirais bien que c’est passé avec l’âge, mais vous auriez dû me voir, la semaine dernière, cette tête déconfite que je ne vous ai pas sorti devant l’immondice de James Potter. Peste.
Bref, Richard Harris représente pour moi un de mes premiers gros suivi de casting comme je les aime, même si je suis arrivée à la fin de sa carrière. Soin accordé à la fidélité de l’adaptation, détails physiques cohérents, direction d’acteur sans faute… Casting idéal, respect des détails et de l’univers canon, moi, je sors les pompoms, je rétracte les griffes, je rentre les dents. Et si vous savez faire parfaitement le regard intense par dessus vos lunettes en demi-lune posées sur votre nez aquilin, je peux même faire la léchouille, mais c’est en supplément.
- 4. Parce que pour la première fois, j’appelais mon entourage « mes padawans »

Et que ça, c’est fort classe.
AH, tous ces gens qui se moquaient de Bibi, la pointant méchamment du doigt. Imaginez une foule hideuse aux visages flous et néanmoins amicaux : ‘BOO, espèce de sale petit mouton, vilain petit canard qui fait comme tous les enfants du monde entier et qui lit le même bouquin que tout le monde. Un livre qui ne nous dit absolument rien, nous qui n’oserions jamais nous fourvoyer à ce point ! Comment un livre avec autant de succès à travers le monde, un livre qui donne envie à des mioches comme ton petit frère qui déteste lire d’habitude, de tourner des pages de papier ? HA HA, non vraiment, fais ce qu’il te plait, mais moi, j’ai autant envie de le faire que de toucher un malade de la Peste‘. Je répéterai au(x) non-lecteur(s) que l’extrapolation est ici désirée car elle entraîne un effet de style que j’apprécie et qui me fait plutôt sourire.
Mais vous suivez l’idée. Un film passant, peut-être deux, ils se sont laissés aller les uns après les autres, les malotrus !
On avait souvent l’habitude de se moquer de mes habitudes culturelles. Ou tout simplement ça ne disait pas grand chose aux gens. Et puis ils se sont mis sous mon aile, sous mon aisselle ou sous ma soyeuse cape de Jedi.
Tantôt, j’en surprenais une, la lampe de poche sous la couette, en train d’entamer le deuxième bouquin, alors qu’une semaine auparavant, à la veille des douze coups de minuit qui permettraient aux fans français de se ruer sur le quatrième tome, elle m’assurait qu’elle n’en avait absolument jamais entendu parler et que ça ne lui dirait probablement rien. Soit, c’est vrai qu’après tout, la Pottermania, elle s’est déclenchée vers ces alentours, autour de moi.
Tantôt, j’en retrouvais une autre, affalée devant sa table de petit-déjeuner, en train d’avaler son premier café après une soirée pyjama arrosée, mon propre livre coincé entre sa plaquette de beurre demi-sel et la baguette de pain familiale, probablement rapportée par son tendre papa, que j’aime beaucoup au passage. L’adolescente, amateur de classiques et de poésie, avait enfin lâché prise.
Enfin, j’en prenais un autre, à la veille de la sortie du troisième film, me jurer que ce n’était vraiment pas pour lui, ces trucs de gagas littéraires -gagas, pas sagas-. J’avais beau lui citer les exemples évoqués auparavant, il ne voulait pas céder. Comme d’habitude, la chose, ou la personne en question, c’est selon, prenait la mania avec quelques années de retard, mais n’en démordait pas. S’il en est depuis revenu, il a quand même plongé la tête la première, et qu’il ne le nie pas en lisant ces lignes !
Orgueilleuse comme pas deux, je me gaussais alors à mon tour, et ce, pointant MON doigt sur eux, mes ricanements devenant de délicieux éléments d’une revanche amicale. Viendez, mes Padawans, leur disais-je en employant une conjugaison douteuse. Viendez, entrez dans mon monde de sale petite fan dépensière en folies populaires!
Là où je veux en venir, c’est que Potter Mister Potter était un parfait terrain d’expérimentations fan-missionnaires. Une illustration pédagogique pour l’entourage, histoire de faire comprendre une bonne fois pour toutes pourquoi et comment une œuvre pour la jeunesse pouvait embarquer autant une population, et pourquoi leur angle de vue sur les mouvements de masse n’était pas forcément le seul à pouvoir être adopté. En résumé, je faisais ma crise d’ado à ma manière : « Nan, m’man, j’suis pas un mouton, j’ai mes propres idées, je suis trop l’ouverture d’esprit personnifiée ! Attrape ce bouquin ! Nada Surf passe en concert ce soir, j’peux y aller ? »
Harry Potter, c’est ma première revanche.
- 3. Parce qu’il a été si bon, le temps des sagas

Un coming-out culturel, voilà comment j’appelle ça.
Avec la saga du petit sorcier, à une époque, c’était si facile de s’assumer (future) jeune adulte et adoratrice du rayon Jeunesse, des mondes fantastiques-fantasy-SF et cætera et cætera.
Peu importe les arguments économiques portés comme étendards et accusant la stratégie marketing suceuse de sang (de carte bleue), au minimum bilatérale, littéraire et cinématographique, sans compter les divers et inquantifiables goodies (reprenez votre souffle). On pourrait ici me dire qu’il s’agit là de matraquage de berger économique et que c’est plutôt Ceux-qui-ne-prononçaient-pas-le-nom-de-Potter, ceux qui ne voulaient pas en entendre parler, qui étaient montrés du doigt, au plus fort du Harry Time, hués comme de vrais petits ringardos qu’ils étaient : « Queuhaaaa ? Tu n’as PAS lu Harry POTTER ? ». Parfois, il faut savoir lâcher prise sur la dénonciation des opérations, non ? Je serais capable de vous lâcher un tas de théories intellectuelles et sociologiques pour mettre en avant l’utilité d’un tel regroupement hégémonique. Mais je l’ai déjà fait dans un mémoire, et me défendre ne m’amuserait pas aujourd’hui. Parfois être honnête avec soi-même et bêler dans son coin, qu’est-ce que c’est bon. Nous étions jeunes (ou pas, hein), nous étions fans, nous embrasions et embrassions l’attitude fan. Parce que flûte, parfois, c’est jouissif, de se faire avoir, bon sang.
Peu importe les inconvénients de baisse de qualité. Du côté des livres, surtout, puisque les films, eux, ils craignent un max depuis le quatre et de toutes les façons… bon, vous me suivez peut-être.
Une allégresse populaire à apprécier sur le moment. Des queues sans fin devant les librairies à minuit ou des drôles de personnages habillés de capes le mercredi quand sortait le nouveau film. Des bouquins dans les cartables aux séances complètes six heures avant le début de la première séance. Prends ça dans les dents, Hartley cœur à vif, ô toi, témoin moqueur de mon abhérrente adoration pré-adolescente du monde fantastique, ton peuple s’est ligué contre toi, le temps d’une saga ! Fin des rimes.
Alors moi, j’embrasse ces cakes de 30 ans sonnés qui lançaient des EXPELLIARMUS aux passants interloqués, sans honte ni raison. Diantre, c’était bon.
Oui, je le conçois, et je vous prête les bonbons trop sucrés que vous pourrez ensuite me jeter à la figure – je n’aime pas trop ça, les bonbons – : la présence ultra et transmédiatique de Harry Potter peut gaver ; l’univers en lui-même peut sembler naïf, étanche aux nuances de gris et particulièrement friand de situations mi-noires mi-glucose (littérature jeunesse, hein). Enfin, on peut se plaindre aussi d’un soit-disant aveuglément des fans quant à la baisse de qualité des bouquins (non mais le 7… sincèrement ! ).
Je répondrais à ceci par des paroles bien sages : « tss tss tss, que nenni ! ».
Car il en reste une liesse populaire assez passionnante à observer – et à laquelle participer, dans mon cas -. La publication de cette saga littéraire était presque stratégique en soi, vous ne trouvez pas ? Je n’avance aucune théorie, mais on peut quand même se dire qu’elle a bénéficié de son Temps. Très rapidement, au rythme de la croissance de sa popularité, les fans ont pu s’organiser, me semble-t-il, d’une manière qui était inédite à d’autres communautés (les trekkies, les fans de LOTR…). Je me souviens d’avoir lu Henry Jenkins évoquer un jour les fans de Harry Potter comme les premiers à avoir eu le dessus sur une grosse boîte de production qui menaçait leurs activités sur le web. Là, j’en vois certains glousser d’extase parce que je cite Jenkins, pape des études sur la fanculture, d’autres me faire les yeux ronds, parce que je commence à me la ramener avec des noms qui leur sont inconnus. Il n’en est rien, mes chers non-lecteurs, Henry Jenkins (MIT professor, yeah) est de notre côté, ô pour sûr (c’est pour ça que c’est si bon de le citer) !
Le début des années 2000, on aura tendance à l’oublier à l’heure où les appellations geekisantes nous sont collées sur le front aussi rapidement que Harry sait nous sortir un Expecto Patronum parfait, ont été un tournant assez marquant dans la reconnaissance de cette dite culture. En tout cas, d’un point de vue médiatique. Pas dans le discours en lui-même, faudrait voir à pas mettre la calèche avant les sombrals. Mais chez les professionnels des médias. On parlera alors plutôt de visibilité. Qu’en dites-vous ?
Comme je n’en parle que d’une manière empirique, je me souviens qu’en 2001, c’était particulièrement intense : le 5 décembre, Harry Potter à l’école des sorciers sortait au cinéma ; et le 19, c’était LOTR – La communauté de l’anneau, un peu plus d’un an après que le quatrième tome des aventures du petit sorcier ait donné un véritable coup de fouet à la Pottermania – c’était bien la première fois depuis ma naissance que les librairies ouvraient à minuit dans ma ville.
Mais toujours en me reposant sur mon expérience seule, en y réfléchissant bien aujourd’hui, j’ai bien eu l’impression d’une chose. Moi, jeune fille de 14 ans en décembre 2001, on m’attendait au tournant du côté de la communauté de l’anneau. Ça n’étonnait personne que je sois prise en plein dans la tornade de la Terre du Milieu. Mais on s’attendait tout autant que je sois guidée par mes tétons qui devaient forcément pointer à la vue de Legolas. Mmm, diantre.
On me prenait curieusement plus au sérieux quand il s’agissait de parler mythologie Harry Potter. Juste une idée en passant, mais ça a quand même eu un sacré impact sur mon identi(fication)té personnelle.
Des habitudes de consommation culturelle que j’avais depuis longtemps s’étaient donc étendues à mon entourage direct et on ne s’en moquait (presque) pas. Soupirs… Reposant pour le temps que ça aura duré. Je me suis tellement emballée que je ne comprends même plus ce que je voulais dire. Le temps des sagas, c’était cul.
Sacrée sous-culture de masse.
- 2. Parce que moi aussi, j’ai lu des fanfictions pour weirdos.
Ha…
Je hum… j’avais plus ou moins effacé ça de ma mémoire, et ça m’est revenu comme en flash, comme un cadeau d’anniversaire (c’était mon anniversaire, et le cadeau, c’est le pipi dans la culotte que j’ai sorti un peu, tellement j’ai ri. Auriez-vous réellement souhaité que je vous passe les détails ? ). C’était en discutant du dernier film, avec Polyandre, ma copine yaoiste. On discutait de je ne sais plus quoi, du slash et des couples masculins favoris dans les Potterfictions. Et PAF ! Je m’en suis souvenu. Moi, au collège, moi qui ne m’intéressais que de très loin aux garçons, si ce n’est les hormones qui commençaient à me démanger sérieusement les miches, m’enfin, passons, moi oui moi, naviguant des heures sur des forums, sites et chatrooms Harry Potter, explosant ainsi le forfait 20 heures que môman avait à l’époque (ha ha, ça n’a pas duré longtemps). Moi découvrant de manière totalement ingénue que les filles, elles aiment bien écrire des choses coquines qui mettent en scène Harry et Draco. Hum hum. Elles aiment bien les dessiner aussi, Harry et Draco. En train de faire des choses coquines. Oui, moi, avant Equus, j’avais déjà vu le kiki de Harry.
C’est qu’en 2000, en plein marasme hormonale, j’avais du mal à contenir mon impatience. Littéraire. Mon impatience littéraire.
Si vous vous souvenez bien, l’attente entre le quatrième et le cinquième tomes a été particulièrement longue.
Pas très étonnant, si l’on y songe, que Harry et Potter soient devenus depuis les mots clefs les plus utilisés dans les recherches de fanfictions sur le net. La Pottermania vous met la fièvre, je vous dis, et il vous en coûte de vous plonger dans l’alternatif avec la volonté d’un vieux bouc. Je disais quoi ? Ha. Oui. Moi. Du slash. Je sais, ça fait drôle.
Si certaines histoires s’éloignent au maximum de l’univers canon, je me suis amusée à constater une chose : même dans un univers où Harry et Draco sont autorisés à se titiller le nénuphar mutuellement, je cherchais déjà des univers profondément fidèles aux… détails. Encore une fois. J’avais 13 ans et le peu d’intérêt que j’avais pour les histoires d’amour, je le dédiais à mes prières pour que Harry remarque enfin Ginny Weasley. Bon, depuis, j’ai gagné, mais passons. J’avais 13 ans, donc, et que Harry et Draco se reniflent et expérimentent ensemble l’école de la sensualité le temps de quelques lignes d’amateur, peu m’importait. Il fallait que le reste reste plausible quant aux éléments canons. Et je ne savais même pas ce que c’était, moi, le canon.
Selon Bibi, cet état de manque est réellement ressenti par le fan. Je n’y ai pas échappé, mais venant de moi, ça n’a rien d’étonnant. Là où c’était impressionnant, c’était lorsque ce manque s’étendait à mon entourage qui n’avait habituellement aucunes pratiques de la sorte. Cette soif, je la crois responsable de la popularité des fanfictions chez les Moldus que sont les gens-qui-ne-vivent-pas-de-leur-fan-attitude. Voyez ? Après avoir relu la phrase trois fois de suite, vous devriez pouvoir enchaîner.
Oh, et celles qui touchent au monde de Potter – dans toute sa largeur – sont particulièrement intéressantes, Rowling les ayant adoubé. C’est un peu comme les histoires de Figwit, Firefly ou de certains éléments de Supernatural, chacunes à des niveaux différents. Quand l’énergie populaire arrive à atteindre le créatif ou le producteur qui peut adouber certaines positions ou les intégrer à son tour à l’œuvre originelle. Non mais, vraiment, vous trouvez pas ça magnifique ? Moi oui. Traitez-moi de fleur bleue, je trouve ça plus émouvant que la jalousie compulsive de Ron qui imagine Hermione toucher avec superbe le torse blanc-bec de Harry dans un moment d’égarement. Beurk.
J.K. Rowling, elle, a bien compris l’intérêt de ces habitudes littéraires. Il me semble que c’est elle qui a dit quelque-chose comme « Ah nan mais c’est super flatteur, hein » légèrement inquiète tout de même, du caractère pornographique pas franchement destiné aux tous petits.
Je rappellerai ici que tout le monde n’a pas capté l’intérêt de ces pratiques. Anne Rice, que je n’aime pas beaucoup de toutes les manières, a, elle, montré les dents et cherché à faire effacer toutes les fanfictions reprenant son univers. Il me semble que les sites les plus populaires ont accédé à sa requête ? Sais plus. Bref, Anne peut être portée au bûcher de la fiction amateur.
Enfin pour conclure sur un moi-je-tu-il, je me retrouvais, tard le soir ou à l’heure du goûter, seule dans ma chambre, des posters de Kurt Cobain et d’Alyson Hannigan collés à ma porte, des cartes postales d’Eric Erlandson et de Layne Staley, de Seth Green et de Majandra Delfino punaisés à ma bibliothèque, des poèmes du 19èmes ridiculement écrits au pinceau sur mes murs bleus. La parfaite petite chambre d’adolescente solitaire. ET BAM. En quelques clics, auxquels on peut ajouter un temps de chargement qui nous ferait rire aux éclats aujourd’hui, je me retrouvais dans un drôle de petit monde dans cette petite petite chambre, loin de m’imaginer que par cette pratique, je me définissais comme membre d’une niche culturelle. Niche, appellation curieuse pour un mouvement qui s’étend à un niveau sacrément global, et pourtant.
- 1. Parce que mon premier pseudo Internet était Ginny

Et on remonte encore un peu plus le temps, à l’âge d’or des chatrooms. J’avais 11, peut-être 12 ans, et j’avais enfin Internet. Inutile d’être anachronique et chercher à me la ramener : j’ignorais jusqu’alors que mes pratiques culturelles me rendaient d’elles-même membre d’une communauté. Il n’y a que deux ou trois choses dont j’étais sûre. Je savais que j’étais une fan, le mot était déjà popularisé, et que lorsque je laissais de côté quelque-chose, c’était pour me plonger dans autre chose. Je savais aussi sonder les tendances, il suffisait de voir les sommes dépensées en presse spécialisée : plus on en parlait, plus d’autres personnes devaient s’intéresser à telle ou telle « chose » pré-citées. En dehors, je n’avais aucun repères. Les adultes me prenaient soit pour une petite sauvage plongée dans ses « trucs » qui lui passeraient avec l’âge, eux aussi avaient eu des idoles, soit pour une enfant pleine d’imagination qu’il fallait encourager, soit enfin pour une gosse de son temps, trop souvent affalée devant les écrans ou plongée dans ses bouquins. Des regards me positionnant toujours en individu. Bien. Mais le fait est que j’ai mis du temps à me rendre compte que d’autres avaient exactement les mêmes habitudes que moi, et qu’ils en portaient haut l’étendard d’une culture à part entière.
La fédération, le partage d’informations et de savoirs, les débats en ligne et les discussions passionnées… dans une certaine mesure, le web m’a épanouie et un des vecteurs primaires a certainement été la communauté Harry Potter. C’est dit avec les chevilles gonflées, mais c’est venu comme c’est venu, bon sang.
Donc donc.
Qu’est-ce qu’une jeune ado de 12 ans peut bien faire devant Internet si ce n’est s’abreuver d’informations en tous genres sur ses passions favorites ? C’est une question à laquelle Preteen Ana ne saurait pas répondre. De la recherche de théories et de nouvelles, la post-fillette a bientôt enrichi son utilisation des moteurs de recherche. Et, OH MON DIEU, des gens comme ELLE. Des gens pas forcément tous idiots, même si l’un d’eux s’est moqué d’elle quand elle a osé demander ce qu’était « ASV? », la première fois qu’elle a rencontré l’expression. Des gens différents d’horizons différents qui discutaient de théories, de crédibilité de tel ou tel détail, qui parlaient en mèmes et traitaient de mythologie. Au pays des moutons, la jeune brebis n’était pas seule.
Je n’ai peut-être pas été autant une fan hardcore de Harry Potter que d’autres sujets, encore que, pas si sûr. Admettons simplement que j’ai été moins consommatrice de produits dérivés que pour Buffy, pratiquement à la même époque, par exemple, disons. Il a quand même eu un rôle fondamental dans euh… l’acceptation de ma condition ? Non, trop coming-outesque, comme expression, comme si j’avais quelque-chose à me reprocher. Voyons ça plutôt comme un déclic positif que je dois au web. I want to believe, un peu. Une de mes premières expériences culturelles immersives sur plusieurs supports et l’apprentissage d’un entretien collectif d’une passion. Jusque là, j’avais déjà les attitudes, mais je n’avais qu’une vision globale minime de mes habitudes culturelles : la place de tel genre dans la presse, etc. Je n’avais ni le vocabulaire, ni les « autres » dans un sens aussi large que possible.
Comme je l’ai déjà dit, l’auteure a supporté les fans et ce, sur plusieurs tableaux ; ce qui a sans doute contribué à la dynamisation et au dynamitage des initiatives de ces derniers, qu’elles soient créatives ou communautaires. L’univers créé par J.K. Rowling s’est donc très tôt mué en sujet de connections entre Internautes, une véritable embrassée de la toile.
« - Bonjour, mon premier pseudo Internet était Ginny.
- Bonjour, Ginnyyyy !
- Je n’avais pas 12 ans, et j’étais déjà accro depuis longtemps au Pays Imaginaire.
J’aimais le fantastique et les sagas mythologiques. Je n’ai pas été chercher plus loin.
Un jour, j’ai acheté un bouquin.
Et c’était vachement bien. »
[/Méfaits accomplis !]

Ah. Je n’aime pas Pirates des Caraïbes. Je n’aime pas Twilight. Je fustige Narnia. Si jamais ça vous permet de juger de ma santé mentale mais je crois alors que vous n’auriez rien compris à ce que j’avais essayé de dire. Sans rancune, je vous aime.
Mots-clefs :Alfonso Cuaron, Chris Columbus, Daniel Radcliffe, Fanboys, Harry Potter, J.K. Rowling, Richard Harris







ON FAIT QUOI MAINTENANT?