
[critique] Doctor Who – S06E01 à E04
The only water in the forest is the river...
Aussi osé que dense, ce début de saison vous en met plein la moumoute et maîtrise narration, production... et soin du détail. Vous savez ce que j'en pense, moi, du soin du détail, mmm ? Moffat, je t'aime.
Allez, un peu de promo, pour en savoir plus, rendez-vous chez les petits francophones de Trust Your Doctor
Depuis la reprise en main tout en douceur du site, je me retenais fiévreusement pour ne pas parler trop tôt du Doctor. J’attendais, patiemment, tapie dans l’ombre – mettez-vous bien l’image dans la tête – qu’arrive Neil Gaiman dans l’Histoire. Parce qu’il s’agit bien là d’Histoire. The Doctor’s Wife vous arrive en pleine figure comme un dictionnaire d’anthologie de la série, une encyclopédie qui n’oublie pourtant pas de disséminer au fil des séquences des interrogations fugaces, peut-être futiles parfois, fondamentales pour la mythologie, souvent.
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Attention, cet article dévoile un tout petit peu, non sans honte, des parties de l’intrigue mais pas trop quand même, bibiche vous le jure.
Embarquons pour la genèse de cette sixième saison…
…Qui commence donc sur les chapeaux de roue, par un épisode dantesque en deux parties et des fonds inédits déployés pour l’occasion, toute la troupe investissant les décors naturels de l’Utah, USA. Un rythme intense, haché et maîtrisé aussi bien sur le plan technique que narratif, promesse de toute façon détenue par River Song, gage ô combien personnifié de surprises et d’avancements spoilirisisatifiants. Non cette phrase n’est pas lourde du tout.
Le traitement du plot, saccadé, nous embarque, nous, microbes spectateurs, en 1969, aux Etats-Unis, comme ça, PAF, au milieu de l’affaire Apollo, comme ça, PIF.
Une saison 6 comme un cours d’audiovisuel. Le gang Who se fait une joie d’explorer les genres : des clins d’oeil au western, il saute à ceux du film d’espion (l’attitude de Nixon, les décors de plateau, des plans comme autant de classiques sur des téléphones, et caetera, et caetera, et caetera) . Il emprunte au thriller et ne rechigne pas à distiller quelques piques sorties des classiques du film à suspence avec dominante politique. L’horreur fantastique, le drama, la comédie romantique et puis, enfin, le conte de fées voire le film de série B, aussi. Un pitit peu. Mais ça, j’en connais un, d’auteur, qui ne peut pas vraiment s’en empêcher.
Le plot du double épisode (S01E01 & E02), osé et nerveux, nous arrache les poils au détour d’une des premières scènes, et aussi déstabilisant soit-il, il aura un impact déterminant, définitif sur le reste de la saison (on le voit déjà avec les interrogations d’Amy) mais aussi sur la mythologie elle-même. Comment pourrait-il en être autrement, pour parler comme une grosse romantique toute fadasse ? Depuis lors, Moffat & Co nous file les informations complémentaires au compte-gouttes, se gardant pourtant bien de briser ce charme si propre à la série et qui allie gags de situation, dialogues savoureux et séquences d’émotion pure, emmenées par les mimiques uniques de Matt Smith, que moi-même, personnellement, JE, ai définitivement adopté.

Certains auront pu être frustrés par The Curse of the Black Spot, troisième épisode où l’on explore cette fois les classiques du genre pirate. Ouai ouai ouai. Comme une respiration après un sprint, le machin à en perdre haleine, vous voyez, le truc où on est fatigué après avoir couru, quoi… il n’arrive pas tout à fait par hasard. Le choix de le placer LA, dans cette saison LA, après ces épisodes LA, ça n’a rien d’un choix malheureux.
Hey, hey, j’en ai une bonne ! C’est un peu l’épisode du calme plat… avant la tempête (en mer) ! POUAH POUAH POUAH. Hem.
Il en reste – passons passons – que Hugh Bonneville fait un très bon capitaine, que les doutes d’Amy sont bien gérés, qu’on a envie d’être avec les pirates et que ça c’est trop cul, qu’il y a beaucoup de clin d’oeils aux aventures du Doctor et que même si la chanson et bah elle sert à rien, Lily Cole ne sert pas à grand chose, le coup de la sirène qui est en fait un programme médical ou je ne sais pas trop comment le traduire, ça vous injecte une petite dose de SF assez intéressante slash (/) méga jouissante. Trouve-je.
Ce qui nous amène à. A l’évènement qu’on attend depuis plus d’un an, je ne sais plus très bien, il était prévu pour la cinquième saison, à l’origine. L’excitation des internautes a été récompensée samedi. L’idée d’une collaboration de Neil Gaiman à Doctor Who. Ca n’avait jamais été évoqué jusque-là ? Vraiment ? Pourquoi ça ne s’est pas fait avant ? Hein ? Quoi que. Neil, il colle bien à 11th.

Difficile d’en dire beaucoup sans risquer de spoiler à tout va. Et Steven Moffat déteste les spoilerholics, comme il ne les appelle pas.
Habitué des détails soignés, Gaiman revêt le costume d’un véritable théologien et nous embarque dans le plus charmant des voyages, nous projetant comme autant de compagnons du Doctor dans une traversée à travers une mythologie vieille de 47 ans. Le TARDIS, lui, devient alors une superbe hyperbole, le plus croquignole des symboles. Un projet plus complexe qu’il n’y paraît, donc, mais qui laisse toujours place à la double lecture, le néophyte n’étant jamais perdu. Certaines scènes mémorables sont à coup sûr d’anthologie, le casting des personnages secondaires est au poil. Mention spéciale à Suranne Jones (… « Sexy » : probablement un des défis les plus délicats à relever) bien-sûr mais Michael Sheen (House), Elizabeth Berrington (Aunt) et Adrian Schiller (Uncle) ne sont pas en reste. Du tout. J’applaudirai bien l’acteur derrière l’Ood, mais faut pas pousser non plus dans le fanatisme. Hein.
Cet épisode est… ah… soupir. Pas très arriviste, la starlette Gaiman a puisé loin, très loin dans le Whoverse pour un épisode qui nous interroge profondément, très profondément sur l’avenir. Nieh. Une bombe cachée sous un standalone d’apparence, vous voyez ? Rah, je peux pas trop en dire… [Wink wink] Il s’est servi du canon pour en ajouter (l’archivage des consoles…) et s’est évertué à trouver la juste en dose entre pincées de détails, saupoudrages d’interrogations et humour salé à souhait (j’ai failli sortir un peu de pissou quand est arrivé le « Did you wish really HARD ?« .
Enfin, sa patte si particulière reste reconnaissable entre mille pour un autre point : la naïveté planante dans l’écriture et le traitement de l’histoire. La relation entre le Docteur et son TARDIS… Comment ça pourrait être plus Gaiman, huh ? Ce n’est pas un inventeur pur et dur mais un passionné de mythologie littéraire, audiovisuelle, historique et culturelle dont il contrôle assez bien les rouages pour étendre des univers préexistants et se les réapproprier complètement. Sur une idée originale, il plaque tout ça, et ce « ça » fonctionne, son merveilleux opère brillamment.

Alors question : est-ce possible de tomber amoureux d’une saison de série télé ?
PS : Rory est-il sensé mourir dans tous les épisodes ?
Mots-clefs :Doctor Who, Matt Smith, Neil Gaiman, saison 6, Steven Moffat 





ON FAIT QUOI MAINTENANT?