• [rattrapage britannique] Misfits







  • Rating: ★★★★½ J’aime le fantastique vu par les productions télévisuelles britanniques de ces dernières années : Being Human et la course à l’humanité de désespérés monstrueux (voir la critique de la saison 1) ou Dead Set et son délire Big « zombie » Brother  (voir la critique).

    Le petit nouveau qui vaille vraiment la peine qu’on y jette un coup d’oeil, c’est Misfits, diffusé en novembre dernier sur E4 [je sais, j'ai mis mon temps à en parler]. E4, c’est la chaîne payante, dérivée de Channel 4, pour le petit jeune : ado ou adulte ; Skins ou Shameless (dans lequel James McAvoy a joué, je le rappelle).

    Brefouille. Quelques jeunes marginaux (Misfits) se retrouvent ensemble, habillés de orange pour effectuer leur peine de quelques 200 heures d’intérêt général. Ne comptant pas vraiment y mettre du leur, ils passent plutôt leur temps à se hum… titiller les uns les autres. Un orage arrive, ils n’ont pas le temps de se protéger et finissent électrocutés. Par miracle, ils réussissent à se relever… mais pas sans conséquences. (tam tam tam tam… suspence… tam tam tam tam). Tiens, ça me rappelle une certaine pluie de météorites.

    Sur six épisodes, cinq sont centrés autour d’un personnage et sa propre façon de s’adapter à son nouveau statut de jeune délinquant héroïque.
    Chacun des chapitres lie avec une facilité déconcertante le fantastique à l’état social qui gravite autour de nos protagonistes. Vous savez, comme on a pu le voir chez Being Human. Mais pas que. On se balade entre burlesque, humour, gore et autres pioches dans le registre des genres tout ceci baignant dans une démonstration très européenne. Comprenez-moi bien, il s’agit ici surtout d’un langage, d’une réalisation,  d’une approche très incisive, proche de la réalité, d’où le drama n’est pas le fil conducteur. Le fantastique, lui, est intégré comme un élément superficiel totalement plausible dans une société mise à mal par ses propres maux -wooo-.

    Le phrasé décalé de nos jeunes soumis à l’Anti-Social Behaviour Order se rape contre la gestion soudaine d’un fantastique inconnu. Petits délinquants mais grands perdus, chacun tente de se construire comme il l’entend, de gérer le groupe parce qu’il le doit bien et de contrôler son nouveau pouvoir, à part Nathan qui cherchera pendant toute la saison la source du sien. Certains super-pouvoirs sortent d’un cliché ressenti et assumé jusqu’aux lignes de dialogue qui les introduisent (références au conseil de son oncle à Spiderman, aux pouvoirs récurrents dans la culture pop « il y a toujours quelqu’un qui sait voler », la « A-list » etc). D’autres sont beaucoup plus… originaux, en particulier celui de Alisha, qui, en agrippant la peau d’un homme, se transforme en phéromone sur pattes. Au contact d’une société mal en point, même ces pouvoirs se cassent, à l’instar de cette scène surréaliste où le sort s’inverse, laissant Nathan se faire chevaucher par… ah ah, non, il faut le voir (got ya). Loin d’être des super-héros, les jeunes désaxés deviennent de vrais marginaux malgré eux en intégrant les pouvoirs à leur vie. Isolés par le secret, ils en tirent partie tant bien que mal dans un contexte tragi-comique où les rares fondements qu’ils avaient partent en lambeaux à coup de zombies, de loup garou premier prix, d’effet papillon et de pulsions adolescentes traditionnelles. Maudis en société comme dans les événements inexplicables, ils sont anti-héros.

    Oh, et la série sait rester très drôle même dans les moments les plus dramatiques (« SAVE ME, BARRY! »). Délicieux!
    Pour discuter sur les personnages, Kelly la chavette, Curtis l’ex future star de l’athlétisme, Alisha la belle paire de miches, Simon le touchant « psycho » et Nathan le smart arse. Autant l’avouer tout de suite, Nathan et Simon sont mes deux chouchous. Ben c’est vrai quoi… le premier est euh… hein, hum… Mmm. Irritant avec ses insultes sans queue ni tête, au fond plutôt solitaire (oïe) il s’affirme par ses actes, qu’il juge normal pour un garçon de son âge. Je suis pas dans le mood résumé, ça sonne un chouilla cliché, mais je vous assure que ça rend bien, en vrai. Le second est un hyper-sensible ultra touchant qui aime tout filmer avec son téléphone… et là, c’est moi qui devient niaise. Ces deux-là ont un sens de la comédie (pour l’un) et du tragique (pour l’autre) aussi physique que parlé. Des performances d’acteurs prises à bras le corps contre lesquels les autres ne peuvent parfois rien. Oh, mais tous gèrent avec un talent certain.
    Donc pour faire court, leur principale caractéristique commune est d’être chacun « mis en cases » : the chav, the nerd, the smart arse, etc., cases que l’on voit peu, traditionnellement, ensemble à la télé.

    En passant rapidement sur la très bonne bande-son made in UK de la série : de tubes électro des années 90 aux chansons pop efficaces d’outre-manche. Chaque morceau est choisi méticuleusement pour coller à l’ambiance des images, devient un accessoire de ralentis, répétitions et autres effets bien amenés.
    Oh, et le générique est monumental, esthétiquement magnifique. The Rapture, Echoes. Here we go.

    Les personnages sont très présents sur le web 2.0. Comme c’est étonnant. D’abord sur twitter (Nathan, Simon, Kelly, Curtis) mais aussi sur Tumblr (Alisha), YouTube (chaîne aux vidéos inédites à voir de Simon) application téléphon pour suivre les misfits partout…

    PS pour ceux qui l’ont vu. Pronostique : MAIS QUI EST SUPERHOODIE?
    Simon aussi se le demande :) Notamment sur son facebook. Il a même réussi à le questionner ici (très video game!).

    Ce premier pas dans l’univers des misfits est donc très très réussi. Une recherche du soi dans un univers changé du tout au tout, une écriture bien menée et une réalisation exigeante, un bol d’air frais qui revisite des codes genrés, qui nous emmène avec lui, une équipe qui gère son bébé au poil. Un must see.
    J’ai tellement à dire sur cette série qu’un deuxième article sera peut-être utile pour moi, plus tard. Non mais c’est vrai quoi! La série mérite une analyse approfondie. Je voulais juste en parler, là, voyez. Un must see, que j’vous dis!

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    Commentaires

    Hey, il y a Un Commentaire pour cet article :
    1. Bartleby | 4 avril 2010 | Permalien

      Ai découvert la série par vos bons soins, et j’avoue que ça fait longtemps que je n’ai pas été aussi accroc. Elle mérite toute notre attention et, oui, probablement des analyses si le faut!

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